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Pose de la première pierre

Samedi
17
Avril
2010
9H00

La pose de la première pierre a eu lieu le 17 avril 2010 en présence de Frédéric Mitterrand, Ministre de la Culture et de la Communication et de Jean-François Copé, Président de la Communauté d'Agglomération du Pays de Meaux.

 

Lisez le discours de Frédéric Mitterrand, ministre de la Culture et de la Communication, prononcé à cette occasion.

 

Prononcé le 17.04.2010 à 00h00 - Paris

Monsieur le ministre, Monsieur le député-maire, cher Jean-François COPÉ,Mesdames et Messieurs les élus,Mesdames et Messieurs,Chers amis,

Vous vous souvenez sans doute d’un film tout à fait saisissant qui, l’année dernière, nous a suggéré les horreurs de la Grande Guerre sans nous les montrer, en
s’arrêtant juste au seuil de l’horreur. Le Ruban blanc de Michael HANEKE s’achevait à la veille du déclenchement de la Première mondiale, côté allemand. Et ce film produisait un effet assez terrifiant : il ne nous fait quitter la brutalité de l’ancien monde que pour entrer dans une autre violence, plus grande encore, celle, industrielle et systématique désormais, qui a marqué le XXe siècle. Celle dont la Première Guerre mondiale constitue en quelque sorte le premier acte.
Depuis la disparition, il y a deux ans, du dernier poilu français, Lazare PONTICELLI, à l’âge de 110 ans, nous ne tenons plus la main de cette mémoire. Le fil de la
mémoire directe est brisé et nous disposons désormais exclusivement, pour tenter de comprendre et de saisir l’événement, du travail des historiens, des peintures des artistes et des écrivains – nous avons Le Feu d’Henri BARBUSSE, A l’Ouest rien de nouveau d’Erich Maria REMARQUE, le début de Voyage au bout de la nuit de CELINE. Nous avons des films comme La Grande Illusion de RENOIR ou Les Sentiers de la gloire de Stanley KUBRICK. Tous les arts, y compris les bandes
dessinées si évocatrices d’un Jacques TARDI, viennent donc au service de la mémoire et de l’histoire.

Rien pourtant peut-être ne nous permet de ressaisir le passé comme la présence des objets qui en ont décliné les formes et la teneur quotidienne, cette « présence » dont un historien comme l’Allemand Hans Ulrich GUMBRECHT est récemment venu nous faire « l’éloge » et nous rappeler la valeur irremplaçable, la richesse inaliénable. C’est un peu le même postulat qui semble avoir présidé à la conception de ce Grand Musée de la Grande Guerre, dont nous avons aujourd’hui la responsabilité et l’honneur de poser la première pierre en vue d’une inauguration qui aura lieu à la date symbolique du 11 novembre 2011.
Car ce musée nous donnera à voir un nombre considérable d’objets du quotidien, du front et de l’arrière, issus notamment de l’exceptionnelle collection de Jean-Pierre VERNEY. Uniformes et costumes, matériels militaires, mais aussi journaux, photographies, affiches, dessins et tableaux, cartes postales, lettres et poèmes… : pas moins de 50 000 objets et documents rendront présent pour nous quelque chose de la Grande Guerre, par le biais d’« objets inanimés » qui sont évidemment chargés de l’âme du passé.

Mais bien sûr, la présence elle-même se construit. Et la scénographie, le parcours, le choix et l’interprétation des objets qui seront exposés dans ce musée répondront à cette exigence de « mise en présence » d’un passé qui ne doit pas passer parce qu’il nous constitue. Je suis convaincu que la restitution très originale d’atmosphères sonores et même olfactives de cette époque qui sera proposée par ce musée, tout comme l' architecture quasi enfouie qu'a conçue Christophe Lab – un peu à l’image d’une tranchée – obéissent au souci de trouver des chemins pour faire vivre cette mémoire de la manière la plus concrète voire tangible de l’événement, qui aide à sa compréhension la plus intime, en lui redonnant tout ce qui constitue son épaisseur, son grain, sa chair même.

Jalon essentiel du grand réseau qui se tissera autour de la future Maison de l’Histoire de France voulue par le Président de la République et avec laquelle il entrera en résonance très profonde, ce musée ne pouvait trouver meilleur ancrage qu’ici, à MEAUX, dans ce pays marqué par les deux grandes batailles de la Marne, dans ce pays qui porte non seulement la mémoire, mais aussi les cicatrices de cette histoire tragique.
Il n’aurait pu voir le jour sans l’intuition et l’engagement de son maire, notre cher Jean-François COPÉ, qui, le premier, a su prendre pleinement la mesure de l’enjeu et de l’écho rencontré par cette histoire auprès des Français, et convaincre tous ses partenaires de l’opportunité et de la faisabilité de ce projet : l’Etat, mais aussi l'ensemble des collectivités territoriales, ainsi bien sûr que les mécènes privés que je remercie chaleureusement.
Cette cérémonie de pose de la première pierre prend, je crois, un sens tout particulier du fait de la nature même de ce musée. Car après tant de destructions causées par la Grande Guerre, construire est évidemment un acte symbolique très fort. Nous pourrions être tentés par l’oubli, par le refoulement, et considérer que les atrocités dont le XXe siècle n’a été que trop prodigue font obstacle à cette histoire déjà presque centenaire… Mais nous avons compris que le présent et l’avenir ne pouvaient se construire qu’en étant solidement arrimés à une pleine conscience du passé, si douloureux soit-il, et que la mémoire des guerres est une condition indispensable à notre identité pacifiée et harmonieuse. Bâtir ce musée, c’est aussi semer pour l’avenir, notamment chez les plus
jeunes, pour lesquels ce passé a tendance à perdre en lisibilité et à devenir de plus en plus virtuel, avec la prolifération des images et l’accélération du flux d’informations. C’est pourquoi je me réjouis que la conception du musée ait inclus d’emblée une forte dimension pédagogique, en particulier par l’utilisation des nouvelles technologies. Celles-ci, j’en suis convaincu, peuvent nous aider à briser les inhibitions ou les préventions qui, trop souvent, retiennent les jeunes à la porte de ces médiateurs de proximité que sont nos musées.

Semer pour l’avenir, c’est aussi, bien sûr, renforcer l’attractivité culturelle et touristique de ce territoire d’Île-de-France, à l’heure de l’élaboration du Grand Pari(s). En créant ce Musée-référence pour la connaissance de la Grande Guerre, nous intégrons pleinement la ville de Meaux et son territoire à la logique des grands pôles régionaux, à l’échelle tant nationale, qu’européenne et, bien sûr, internationale.

Je tiens donc à remercier l’ensemble des acteurs, publics et privés, qui ont rendu possible ce trait d’union entre notre passé, notre présent, et notre
avenir. Je suis persuadé que le public trouvera dans ce « lieu de mémoire », dans cette présence de ces témoins directs et muets, mais plus éloquents qu’ils en ont l’air, de la Grande Guerre, matière à mémoire, et l’impulsion pour une compréhension recueillie et approfondie de l’événement.

Je vous remercie.

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