Qu'est-ce qu'une bataille ?

Comment venir

Adresse du Musée

Rue Lazare Ponticelli - 77100 Meaux 

Tél. : 01 60 32 14 18

Les accès en voiture et transports en commun

Horaires

9h30 à 18h sans interruption 

Fermeture les mardis et jours fériés : 1er janvier, le 1er mai, le 25 décembre

Attention : clôture des caisses une demi-heure avant la fermeture du Musée

Fermetures annuelles du 6 au 10 janvier 2020 et du 18 au 31 août 2020

Tarifs

Pleins tarifs : 10€ 

Tarifs réduits entre 5€ et 9€ (sur présentation de justificatifs)

Tous les tarifs

Qu'est-ce qu'une bataille ?

Canon 75
© Musée de la Grande Guerre

Dans l’imaginaire collectif, la bataille est le plus souvent associée au mouvement, à ces grandes manœuvres d’encerclement qui permettent d’emporter la décision au son du clairon et à coup de charges de cavalerie. La bataille accouche généralement d’un vainqueur, couvre de gloire les généraux et fabrique des héros.

La fin du mouvement

La Grande Guerre a profondément modifié cette conception même si elle n’est pas avare de « batailles traditionnelles ». Ainsi, l’historien Stéphane Audouin-Rouzeau souligne que les batailles de la Première Guerre mondiale « n’ont de batailles que le nom », précisant qu’il s’agit « bien davantage de véritables sièges en rase campagne mettant d’ailleurs en œuvre toutes les techniques de la guerre de siège traditionnelle : ligne de tranchées (ces remparts en creux en quelque sorte), mines creusées sous les positions adverses, emploi de grenades, artillerie à tir courbe, etc. ». (1)

Le déluge de feu qui s’abat alors sur les combattants a pour effet de figer les positions et de tuer le mouvement en même temps que les hommes. Pour rendre compte de cette nouvelle réalité, François Cochet utilise cet oxymore : « guerre de mouvement immobile ». (2)  À Verdun, les Allemands n’avancent au maximum pas de plus de vingt mètres par jour !

Cette absence de mouvement est à l’évidence ressentie par les combattants comme le montre cette lettre de Robert Porchon, sous-lieutenant tué aux Eparges en 1915 : «  Nous ne faisons pas une guerre intéressante pour le moment. […]. Des deux côtés, Français et Allemands, on se retranche à qui mieux mieux. Tranchées, réseaux, abattis, etc. Si bien que les positions deviennent imprenables, si bien que l’action se borne à des canonnades qui vous forcent à rester au fond des tranchées ». (3)

Le temps des « hyperbatailles »

Ce néologisme est de François Cochet. Il souligne que le terme de « bataille » est inadapté pour rendre compte de la nouvelle forme prise par les combats de la Grande Guerre. Ce mot a l’avantage de souligner plusieurs caractéristiques fondamentales. Tout d’abord la durée. Les batailles de la Grande Guerre s’étalent dans le temps : la « bataille » de Verdun dure ainsi dix mois, celle de la Somme cinq mois tout comme la seconde bataille d’Ypres, en 1917.

Ces « hyperbatailles » mobilisent également un nombre de soldats jamais atteint auparavant : un million d’hommes pour l’offensive française en 1917, 1,3 million en mars 1918 pour les Allemands.

La mobilisation est également matérielle : les états-majors accumulent les armements modernes pour emporter la décision. Les « batailles » se résument alors le plus souvent à un « combat de matériels » (l’expression est du général allemand Ludendorff) qui remplace le combat de soldats. Ces caractéristiques expliquent les énormes pertes du conflit comme lors de la « bataille » de la Somme qui s’achève sur un terrible bilan : 1 312 856 hommes tués, blessés ou disparus.

Le champ de bataille change de visage. Si le front est parfois limité – à Verdun il couvre moins de 20 kilomètres – il est parfois extrêmement étendu, comme c’est le cas lors de la première bataille de la Marne où il s’étale sur près de 250 kilomètres ! Il se transforme le plus souvent en terrain impraticable. Marcel Proust, dans Le Temps retrouvé, se fait l’écho de cette modification : « La théorie de la « percée » avait été complétée par cette thèse qu’il fallait avant de percer bouleverser entièrement le terrain occupé par l’adversaire. Mais ensuite on avait constaté qu’au contraire ce but rendait impossible l’avance de l’infanterie et de l’artillerie dans des terrains dont des milliers de trous d’obus ont fait autant d’obstacles », poursuivant «  La guerre […] n’échappe pas aux lois de notre vieil Hegel. Elle est en état de perpétuel devenir ». (4)

La « bataille » vue de l'arrière

L’arrière suit avec avidité les « batailles » de la Grande Guerre. En attente de nouvelles rassurantes, il se fie au « communiqué officiel » publié quotidiennement en première page, le plus souvent au centre de la composition.  La presse insiste évidemment sur la « noble » activité guerrière. Les formes nouvelles de l’affrontement et leur atomisation se lisent sous les mots « d’affaires », « de combat », « de coup de main » ou encore « de prise ». Le terme de bataille ne disparaît toutefois pas. Il permet de désigner un vainqueur, une figure positive qui soutient le moral. C’est ainsi que La Dépêche titre le jeudi 10 août 1914 « La grande bataille » pour exprimer le soulagement de voir les troupes alliées reprendre l’offensive et le terrain perdu lors du début d’été 1914. Cette première bataille de la Marne fabrique son héros en la personne de Joffre.

De nombreux articles témoignent également du nouveau visage de la guerre, de ces temps d’attente prolongés passés à lire ou à écrire. Voici la belle description du front que Jean Renaud publie en première page de la Dépêche le jeudi 20 mai 1915 : « Tout est silencieux ; il semble que la guerre ne soit plus ; pas une balle ne siffle, pas un obus n’explose ; la chaleur s’est toute la journée étalée, lourde et mauvaise sur le champ clos où des morts encore tièdes sont amoncelés ».

(1) S. Audouin-Rouzeau, Lexpérience combattante au XXe siècle , Documentation photographique,
n° 8041.

(2) F. Cochet, La Grande Guerre, fin dun monde, début dun siècle, Perrin, 2014.

(3) cité in F. Cochet, La Grande Guerre, fin dun monde, début dun siècle, Perrin, 2014.

(4) Marcel Proust, Le Temps retrouvé, éd. Folio, n°2203, p. 59.

Adresse et contact

Rue Lazare Ponticelli,
77100 Meaux
Lat : 48.971432  Long : 2.904724
Tél. : 01 60 32 14 18
Accès - Contact

Horaires

09h30 à 18h00 sans interruption 
Fermeture les mardis,le 1er mai, le 25 décembre et le 1er janvier.

Tarifs

Plein tarif : 10 €
Tarif réduit : de 5 à 7 €
(sur présentation de justificatif)
Tous les tarifs