Mémoires d'un parisien - Jean Galtier-Boissière

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Adresse du Musée

Rue Lazare Ponticelli - 77100 Meaux 

Tél. : 01 60 32 14 18

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Horaires

9h30 à 18h sans interruption - Port du masque obligatoire

Fermeture les mardis et jours fériés : 1er janvier, le 1er mai, le 25 décembre

Attention : clôture des caisses une demi-heure avant la fermeture du Musée

Fermetures annuelles du 23/08/21 au 05/09/21 inclus

Tarifs

Pleins tarifs : 10€ 

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Mémoires d'un parisien - Jean Galtier-Boissière

Biographie de lauteur

Jean Galtier-Boissière est né à Paris le 26 décembre 1891. Il est mort le 22 janvier 1966. Son parcours initial est celui d’un étudiant parisien versé dans les lettres et la philosophie. Son père était un médecin reconnu, auteur d’un Larousse médical.

Au cours de sa mobilisation, Jean Galtier-Boissière tient un carnet de route. Sa verve, l’acuité de ses observations, la vigueur de son point de vue, son aisance pour l’écriture aboutissent à la publication d’un livre en février 1917 : En rase campagne, 1914. Un hiver à Souchez 1915-1916. De nombreuses coupes y sont imposées par la censure. En 1928 paraîtra La Fleur au fusil qui reprend le récit antérieur et rétablit le texte amputé par la censure. La chronique des premiers mois du conflit s’étend du 6 août au 15 septembre 1914. Quant au séjour à Souchez, sur le front d’Artois, il concerne l’hiver 1915-1916.

Le crapouillotEn juillet-août 1915, Jean Galtier-Boissière crée un journal de tranchée, Crapouillot, dont il prolongera l’activité après la guerre, le dirigeant pendant près de cinquante ans. Crapouillot est une publication mensuelle, critique, d’orientation pacifiste, volontiers ironique et satirique. Jean Galtier-Boissière la définit ainsi en 1934 : « une revue d’avant-garde, point conformiste et choquant beaucoup d’idées reçues ».

Par son origine et son esprit, Crapouillot présente de nombreux traits communs avec Le Canard enchaîné, fondé lui aussi dans la tranchée par Maurice Maréchal. Ses dossiers consacrés à la Première Guerre mondiale abordent sans complaisance des points sensibles et laissés dans l’ombre par la propagande et la censure lors du conflit.

En août 1934, pour célébrer à sa manière le vingtième anniversaire de la guerre, un numéro spécial traite en détail des cas de fusillés pour l’exemple. C’est une occasion, en passant, d’apprécier également les qualités de dessinateur de Jean Galtier-Boissière. En juillet 1937, par exemple, c’est un numéro sur le bourrage de crâne qui lui permet, exemples à l’appui, de rappeler les raisons qui firent qu’une certaine presse perdit toute crédibilité auprès des soldats du front.

On doit aussi à Jean Galtier-Boissière la publication d’une Histoire de la Grande Guerre 1914-1918. Comme l’indiquent les titres de ses chapitres : « Origines et causes secrètes », « La guerre », « La paix », le traitement du sujet conserve l’approche appréciée par les lecteurs du Crapouillot même s’il adopte un ton plus conventionnel.

Selon Jean-Norton Cru l’auteur de l’ouvrage Témoins , « le journal de Galtier-Boissière est le meilleur récit d’infanterie de la bataille des frontières et de la retraite […] ». Il lui reconnaît de la sincérité, une grande valeur documentaire. Il cite de longs passages du livre en insistant sur l’authenticité et la sensibilité de ses descriptions.

Contexte de lextrait

Dans les Mémoires dun Parisien, Jean Galtier-Boissière introduit son récit autobiographique en retraçant à grands traits ses origines bourgeoises, son enfance et sa jeunesse parisiennes. Deux chapitres sont consacrés ensuite à la période de son service militaire : « La vie de château aux Lilas, caserne des Tourelles » et « C’est du 63 demain matin ». Suivent dix pages qui abordent la période de la déclaration de guerre avec « La mobilisation n’est pas la guerre ».

Entrée de la caserne des Tourelles à Paris

Appartenant à la classe 1911, Jean Galtier-Boissière est cueilli par la déclaration de guerre alors que s’achève la troisième année de son service militaire. Il est alors caporal au 3e bataillon du 31e régiment d’infanterie (31e RI). Il se trouve à la caserne des Tourelles à Paris, sur le boulevard Mortier, dans le 20e arrondissement. Au total, son séjour sous les drapeaux se prolongera donc sept ans !

Les pages consacrées à son expérience de la caserne sont une chronique amusée et truculente remplie d’anecdotes savoureuses où l’auteur se présente comme un conscrit impertinent qui fait le mur dès que l’occasion s’en présente. Cette expérience ne l’indispose pas, car elle le divertit de ses années estudiantines. Gaillard d’1,87 m pour 87 kg, il montre un goût pour le défi physique, la bonne chère et la fête. Il se dit « le chouchou de son escouade et le boute-en-train de sa compagnie ». On ne cherchera donc pas dans ces deux chapitres le témoignage de la montée de la menace d’une guerre. Ce n’est pas le propos de l’auteur. Il évoque par touches éparses le brassage social et culturel à travers les portraits des camarades avec qui il partage la vie de sa chambrée. Sans donner beaucoup de détails, il parle des corvées, des tracasseries administratives, des exercices et des manœuvres au camp de Mailly qui le jettent pendant un mois « sur toutes les routes de la Champagne pouilleuse ». Incidemment, il évoque un départ en tenue de campagne à Saint-Denis « pour réprimer une grève du gaz ». Il donne la description d’un défilé tonitruant du régiment dans les rues de Belleville sifflé et accueilli aux cris de «  À bas l’armée ! À bas la guerre ! ». Les discussions autour de la loi de trois ans qui vise à rétablir en 1913 la durée du service militaire de deux à trois ans provoquent des remous dans la caserne.

La lecture de ces pages laisse donc une impression d’insouciance en prise avec l’enthousiasme bouillonnant de la jeunesse. Jean Galtier-Boissière bénéficie d’une éducation bourgeoise et de relations dans le tout-Paris, mais il est attiré par la fréquentation du milieu plus modeste des faubourgs et il manie d’ailleurs l’argot avec beaucoup d’aisance.

L’imminence de la guerre fait irruption dès le premier paragraphe du chapitre, « La mobilisation n’est pas la guerre », qui commence à la date du 23 juillet 1914 : « La guerre semble inévitable et fait très peur aux civils. » Changement de point de vue : la perspective d’un départ en campagne porte l’attention de la troupe sur les qualités supposées des officiers au feu. L’auteur en vient, jour par jour, à commenter la chronologie de l’annonce des événements qui mènent à la mobilisation. L’assassinat de Jaurès survient le 31 juillet et l’auteur signale que l’absence de recul brouille son interprétation. Le 3 août, la mission assignée au régiment de Galtier-Boissière est de veiller, dans les premiers jours de la mobilisation, au maintien de l’ordre dans la capitale. De fait, la troupe intervient dans des scènes de rue d’une intense violence : ici pour mettre un terme au pillage des magasins Maggi et Singer  censés avoir été vendus au profit d’intérêts allemands, ici pour interrompre le lynchage d’un ressortissant italien. L’auteur est le témoin de « passages à tabac » dans le commissariat de police du quartier. Notre caporal continue de manier l’ironie, mais il est atteint par le spectacle de ce qu’il qualifie de  « folie collective ». Affolement, manque de sang-froid, frénésie : paradoxe de l’entrée en guerre, au milieu de ce chaos, Jean Galtier-Boissière remarque que seuls les soldats restent calmes et disciplinés !

Mémoire d'un parisien

Extrait

De l’école à la caserne, le 4 août 1914

"Les réservistes commencent à arriver. Nous accueillons avec joie nos anciens de la classe 10 : Ridet, Sinet, le fourrier Taupin… Il y a beaucoup d’inconnus plus âgés, avec des grosses moustaches, des airs de patrons et de pères de famille. L’atmosphère n’a rien de tragique. Elle évoque les albums militaires de Guillaume : on croise dans les couloirs des civils coiffés de képis et des sergents en pantalons de zingueurs. Toutes les formalités, revues et corvées s’opèrent dans la bonne humeur. La caserne a pris un air de fête ; on dirait vraiment que tout ce monde-là se rassemble en vue d’une réjouissance.

Je ne vois que deux figures renfrognées : le sous-lieutenant Champfraisier, lequel est très pessimiste :

– Tous ces bougres-là se figurent qu’ils partent à une partie de plaisir ! Je crois qu’ils éprouveront quelques désillusions : ça n’a rien de rigolo, vous savez, la guerre moderne !

Et l’électricien Girardet qui m’a pris dans un coin :

– Dis donc, un homme comme toi, tu vas te démerder pour rester au petit dépôt ?

– Penses-tu ! je ne vais pas plaquer les copains !

– Alors, ça t’intéresse, toi, les obus, les mitrailleuses, les assauts ? Eh bien ! moi, ça ne me dit rien de me faire bigorner ; avec ma prostatite, je me suis fait classer aux inaptes. Pas si bête !

Sachant que je serai de garde dans un commissariat près des Buttes-Chaumont, j’ai prévenu ma famille pour qu’elle vienne me faire ses adieux. J’emmène mes parents et ma sœur dans une épicerie-débit, à côté du poste. Le patron avance des sièges, je commande du pinard.

– Tu vas boire du vin, comme ça !... s’écrie ma mère, outrée de ces vilaines façons. Ah ! non, merci, pas pour moi !

– Mais maman, on ne va pas te servir du thé, ici ! Ah ! vous me faites bien rigoler, tous les trois ! On dirait la famille royale à Varennes, chez l’épicier Sauce !

Tout en me comblant de recommandations variées, ma mère me passe une ceinture de cuir renfermant trente louis d’or.

– Si tu es fait prisonnier, ça te servira toujours !

Mes parents sont très émus ; mais, au bout de cinq minutes, comme dans toutes les grandes circonstances, nous ne trouvons absolument plus rien à nous dire.

Tous les quarts d’heure, des sergents de ville se glissent prestement dans la boutique.

– Alors, patron !

– Oui, oui, messieurs, dit le patron, en versant un coup de blanc sur le zinc.

Les agents lèvent le coude, puis s’esquivent. C’est toujours la tournée du patron, bien entendu.

– C’est curieux, dit mon père, qui s’honore d’avoir écrit plusieurs livres de propagande antialcoolique, il a fallu une guerre franco-allemande pour me révéler l’intempérance des gardiens de la paix !"

Jean Galtier-Boissière, Mémoires dun Parisien, Éditions Quai Voltaire, Paris, 1994, chap. « De l’école à la caserne, 4 août », p. 99.

Histoire de la Grande Guerre Paul Lintier

Commentaire de lextrait

Le récit de Jean Galtier-Boissière revient au ton goguenard qui correspond aux temps assagis de son passage à la caserne. Il est question, dans les conversations, de « trouver un filon », de faire jouer ses relations pour se soustraire au départ… Le comportement de la maréchaussée est épinglé au passage. Nulle intention de jouer sur la corde sensible du pathos, il s’agit pourtant d’une scène d’adieu.

Cette entrée dans la mobilisation soulève dans le régiment une intense activité. Sans chercher à se projeter dans l’avenir, les jeunes appelés manifestent simplement la satisfaction de se retrouver. Le caractère exceptionnel de l’événement entraîne une effervescence qui ne débouche pas encore sur la conscience d’un devoir à accomplir. Même le contact avec la famille proche ne soulève pas d’émotion affectée. On a simplement le sentiment que ce rendez-vous dans un troquet éclaire un peu la réalité de ce que vit ce fils, ce frère au contact du « populaire ».

Fondé sur son expérience personnelle, le témoignage de Jean Galtier-Boissière adopte la forme d’une écriture littéraire. L’intervention du sous-lieutenant Champfraisier et celle de l’électricien Girardet, noyées dans le flot des anecdotes, sonnent comme l’annonce prémonitoire des effroyables expériences de « La guerre en rase campagne ».

Voici ce qu’écrit Jean Galtier-Boissière au chapitre « Mobilisations générales et unions sacrées » de son Histoire de la Grande Guerre 1914-1918 :

"Paris fut mis en état de siège ; la police, débordée, dut appeler la troupe qui occupa les quartiers excentriques. Plusieurs centaines d'arrestations furent opérées, et quelques espions - pour maint commerçant – l’espion était son concurrent – dûment assommés.

Subitement, les papillons tricolores de « sauvegarde » apparurent à toutes les devantures : « Maison française : le patron est mobilisé ! » Et puis, tandis que la fleur au fusil, les régiments partaient pour la frontière, la fièvre de Paris tomba… »

On voit ici de quelle façon Jean Galtier-Boissière a recours à sa situation de témoin et d’acteur pour illustrer en quelques phrases ce fait historique de Paris « mis en état de siège ». C’est par l’exemple des interventions de maintien de l’ordre qu’il a vécues qu’il illustre le fait historique sans l’attester à l’aide d’une autre source.

Bien que ne figurant pas dans la bibliographie de l’album de bande dessinée, C’était la guerre des tranchées (Casterman), tout laisse à penser que Jacques Tardi est un lecteur attentif de l’œuvre de Jean Galtier-Boissière. Ils ont en commun un trait franc et incisif, une forme de distanciation pour échapper au manichéisme, une solide aversion pour l’ordre établi. Les planches des pages 36 et 37 qui évoquent les souvenirs de mobilisation du soldat Lafont, ouvrier typographe à Montreuil, concordent parfaitement avec le témoignage que nous en donne le jeune Galtier-Boissière sidéré par les comportements de la foule.

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09h30 à 18h00 sans interruption 
Fermeture les mardis,le 1er mai, le 25 décembre et le 1er janvier.
Port du masque obligatoire à partir de 6 ans
Conditions sanitaires en vigueur (mai 2021)

Tarifs

Plein tarif : 10 €
Tarif réduit : de 5 à 7 €
(sur présentation de justificatif)
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