La pandémie grippale de 1918 - grippe espagnole | pandémie

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La pandémie grippale de 1918

U.S. Army photographer / Public domain (before 1923) & U.S. Gov't
Photographie prise à Camp Funston en 1918, montrant les nombreux patients atteints de la grippe espagnole.
Source : U.S. Army photographer / Public domain (before 1923) & U.S. Gov't

La crise sanitaire qui nous touche actuellement avec le Covid-19, n’est pas sans nous rappeler, pour ceux qui ne l’avaient pas oubliée, l'épidémie de grippe dévastatrice qui frappa l’humanité de 1918 à 1920.

Cette pandémie grippale qui toucha le monde en pleine guerre mondiale apparue selon toute vraisemblance dans le Kansas, aux Etats-Unis, dans les premiers jours de l’année 1918. Elle se serait rapidement développée après avoir contaminé de jeunes soldats du camp Funston.
Ce camp rassemblait alors un contingent de 50 000 hommes qui s’y trouvaient à l’entrainement avant de partir pour aller se battre en Europe. C’est donc avec l’arrivée de troupes américaines en Angleterre puis en France que l’épidémie commença à se répandre dans le monde.

A ce jour, il est encore difficile d’estimer le nombre exact de personnes y ayant succombées : l’institut Pasteur avance le chiffre de 20 à 50 millions de morts, alors que certains historiens actuels parlent de 100 millions de victimes sur l’ensemble du globe

Ville de Seattle, 1918. Conducteur de tramway à Seattle interdisant aux passagers de monter sans masque.
Ville de Seattle, 1918.
Conducteur de tramway à Seattle interdisant aux passagers de monter sans masque.
Image : Archives nationales américaines / The National Archives and Records Administration

Déjà des gestes barrières en 1918

En 1918, à Seattle, afin d’endiguer la propagation du virus de la Grippe Espagnole, Les responsables de la santé publique ont exigé que chaque passager ainsi que l’ensemble du personnel des lignes de transport en commun portent des masques de protection par mesure de prévention.

La proximité des voyageurs dans les espaces exigus des transports publics était en effet, propice à la propagation du virus d’un individu à d’autres

Facteur  New-Yorkais portant un masque de protection contre la grippe
Ville de New-York, 16 Octobre 1918.
Facteur New-Yorkais portant un masque de protection contre la grippe.
Image : Archives nationales américaines / The National Archives and Records Administration

En 1918, Les travailleurs en contact le public sont particulièrement exposés au risque de contagion par la grippe espagnole.

Afin de se prémunir de la contagion, les salariés en contact avec le reste de la population, comme les facteurs ou les chauffeurs des transports en commun, tentent de se prémunir de l’épidémie en portant des masques de protection faciale.

1 000 000 de dollars 

Etats-Unis d’Amérique, Septembre 1918. Une Infirmière portant un masque de protection  contre la Grippe EspagnoleEn octobre 1918, alors que l’épidémie de grippe Espagnole s’est propagée à travers le monde, le Congrès américain alloue un budget exceptionnel d’un Million de dollars pour lutter contre ce fléau. Ce montant équivaudrait aujourd’hui, selon les chiffres de l’inflation, à un montant proche de 17 à 18 millions de dollars actuels. Cette somme, importante pour l’époque, était destinée à renforcer les capacités humaines du service de santé publique des États-Unis par le recrutement de 1000 médecins et plus de 700 infirmières diplômées.
Le manque de personnel médical était alors d’autant plus crucial, que leur proximité avec les malades, exposait davantage ces soignants aux risques de maladie et de décès.

Cette protection contre le virus, nous parait de nos jours, bien illusoire et nous donne à avoir une pensée reconnaissante envers tous ces soignants qui, hier contre la grippe de 1918 ou aujourd’hui face au Covid de 2019, combattent avec la même abnégation et les mêmes risques que cette infirmière.

Image ci-dessus : © Archives nationales américaines / The National Archives and Records Administration.

Document N°2641561 / Archives nationales américaines / The National Archives and Records Administration.

Mesures de quarantaine et d’isolement contre la pandémie

Ce télégramme a été envoyé par Cato Sells[1], commissaire au bureau des affaires indiennes de Washington D.C, au surintendant Hervey B. Peairs[2], responsable de l’institut Haskell[3](Ecole Indienne de Lawrence[4], au Kansas), pour l’alerter du danger de l'épidémie de grippe de 1918. Il conseillait de prendre des précautions spécifiques pour assurer la meilleure prise en charge des élèves.

 

 « Washington D.C - 11 Octobre 1918.

La grippe espagnole de type virulent se propage dans tout le pays avec une rapidité alarmante. De nombreux directeurs signalent des affections graves d’élèves indiens de nos écoles ainsi que chez de jeunes et vieux indiens des réserves. Ils doivent bénéficier des meilleurs soins et de la meilleure protection possible. Il est important que les bâtiments scolaires inhabités soient maintenus à une température uniforme de vingt à vingt et un degrés, qu'une bonne ventilation soit assurée et que toute forme d'exposition nuisible aux élèves soit soigneusement évitée, en particulier pendant les périodes de maladie et de convalescence. Cessez les classes et autres rassemblements lorsque les conditions l’imposent, ne permettez pas le rassemblement des élèves ou des employés dans des conditions de surpopulation et, dans la mesure où vous le souhaitez, appliquer une quarantaine d'isolement pour les locaux. Consultez et coopérez avec les agents sanitaires locaux et le médecin de service. Lorsque les conditions le justifient, vous êtes autorisé à cesser toutes les activités non urgentes afin que les employés puissent être disponibles pour les soins médicaux et autres travaux liés à la grippe et à recourir à une aide supplémentaire lorsque cela s'avère strictement nécessaire.
Tenez le bureau informé.
 

Commissaire Sells. »

 (Photographe : Morris, J. L. / Library of Congress).

Étudiants et personnel de l'Institut Haskell en 1908. (Photographe : © Morris, J. L. / Library of Congress).

 

 

 
[1] Calo Sells, (1859-1948), Avocat originaire de l’Iowa, Cato Sells est promu commissaire des affaires indiennes par le Président Woodrow Willson de 1912 à 1921. Il est nommé « L’ami des indiens » pour son engagement auprès des tribus des natifs d’Amérique du nord.
[2] Hervey B. Peairs a occupé le poste de surintendant des écoles indiennes, surintendant de l'éducation des Indiens et enfin surintendant général de l'éducation des Indiens, sur une période allant de 1897 à 1930. Il fut notamment surintendant du Haskell Institute.
[3] L’école fut fondée en 1884 par le gouvernement fédéral à une époque où celui-ci pensait que les Amérindiens devaient s'assimiler à la culture majoritaire pour survivre. Pour ce faire, le gouvernement américain a pris les enfants amérindiens à leurs familles et les a envoyés dans des pensionnats amérindiens pour qu'ils y soient éduqués. De 1884 à 1886, l’école, alors nommée United States Indian Industrial Training School était un pensionnat pour les enfants amérindiens. Les conditions de vie y étaient dans les premières années mauvaises, et les étudiants étaient souvent punis physiquement s'ils ne se pliaient pas aux règles de l'institut. En 1887, l'école change de nom, elle devient le Haskell Institute avec une éducation semi-militaire. Les élèves portaient des uniformes, se rendaient en classe et faisaient régulièrement de l'exercice. Les garçons y recevaient principalement une éducation les amenant vers des métiers manuels et agricoles, alors que les filles étaient éduquées aux taches ménagères.
Actuellement, l’institut existe toujours, il est devenu La Haskell Indian Nations University depuis 1993. Il s’agit d’une université à base tribale avec un programme d'études servant les objectifs généraux des Amérindiens et des autochtones d'Alaska. Un grand nombre d’anciens élèves de Haskell travaillent aujourd’hui dans de nombreux domaines au service des communautés natives d’Amérique du nord.
[4] Lawrence est une ville du Kansas aux États-Unis d'Amérique, à 40 km à l'ouest de Kansas City. Cette ville héberge notamment l'université des Nations indiennes, la Haskell Indian Nations University.

 

 

 

Malades de la grippe Espagnole. Photographie prise le 19 janvier 1919, par le Sergent J.W Crunelle du Signal corps Américain à l’Hôpital N°45 d’Aix les Bain en Savoie, France. / Archives nationales américaines / The National Archives and Records Administration

Pourquoi la grippe Espagnole ?

La grande pandémie de 1918 est principalement connue dans le monde sous le nom de « Grippe Espagnole ».

Ce qui, pour un virus arrivé sur le vieux continent avec le corps expéditionnaire américain, est paradoxale. En effet, avec la guerre qui saigne l’Europe depuis près de quatre années, cette épidémie va être passée sous silence. La censure et  la propagande imposées par des démocraties en lutte pour « la liberté du monde face au despotisme allemand », tentent de faire passer ce mal pour une petite grippette sans incidences. Les forces alliées ne souhaitent ni démoraliser les troupes au front, ni créer un vent de panique dans une population déjà meurtrie et mobilisée pour l’effort de guerre.

Rapidement, on accuse l’ennemi d’en face d’être la source du virus. La France accuse les allemands d’empoisonner de la nourriture. Et chacun y va bon train pour nommer cette grippe qui frappe les armées en guerre.  En fonction du camp dans lequel elle se répand,  la maladie va devenir : « Grippe des Flandres » pour les allemands, « Grippe britannique » dans l’Empire Ottoman ou encore « Grippe bolchevique » pour la jeune Pologne renaissante.

Elle deviendra finalement, « Grippe Espagnole » car l’Espagne, pays neutre dans ce monde en flamme, ne subit pas la censure. Les médecins et la presse n’y sont pas muselés. De surcroit, Le roi d’Espagne, Alfonse XIII, ayant été affecté par la ma maladie, elle va être l’une des rares nations à communiquer librement sur la gravité de la pandémie, associant ainsi, pour le reste du monde, le pays au virus.

Attention à la vague !

Vue d’ensemble d’un des hôpitaux spéciaux destinés aux malades de la grippe espagnole. Lawrence, Etats-Unis. / Archives nationales américaines / The National Archives and Records Administration.

Alors que l’épidémie de grippe espagnole se diffuse progressivement des Etats-Unis au reste du monde depuis le début de l’année 1918, celle-ci, bien qu’extrêmement contagieuse,  n’apparait pas dans les premier temps comme présentant un taux de mortalité plus important que la grippe saisonnière et jusqu’à la fin de l’été, elle ne fait que peu de victimes. 

Mais, fin août, une deuxième vague épidémique, bien plus virulente va frapper violemment le monde.
De septembre à décembre 1918 des dizaines de millions d’individus vont y succomber, principalement dans l’hémisphère nord. Et après quelques semaines d’accalmie, une troisième vague survient à nouveau, tout aussi virulente que la seconde. C’est l’hémisphère sud du globe qui sera alors le plus sévèrement touché. La population du nord, atteinte lors des deux premières vagues, présente alors une immunité de masse.   

Véritable catastrophe sanitaire et humaine, cette pandémie va durer plus de deux années, le dernier cas enregistré aurait été diagnostiqué en Nouvelle-Calédonie en Juillet 1921.
Plus meurtrière que la peste noire au XIVe siècle ou l’épidémie de choléra au XIXe siècle, la Grippe Espagnole aura fait en deux ans largement plus de victimes que la Première Guerre mondiale en quatre années.

Soignants au chevet de malades de la grippe Espagnole. Photographie prise en 1918 à l’hôpital N°4, Fort Porter, New-York.
Les lits des patients sont inversés, alternativement pour que le souffle d'un patient ne soit pas dirigé vers le visage d'un autre
Document N° 195ww269B4/ Archives nationales américaines / The National Archives and Records Administration.

L’aspirine et la grippe espagnole

L’industrialisation de masse du 19e siècle marque le développement de la chimie et des laboratoires de recherche. Les laboratoires Bayer, société chimique allemande, à l’origine spécialisée dans la production de colorants synthétiques puis dans l’Industrie pharmaceutique, déposent le brevet  de l'aspirine en 1899. Médicament bon marché, basé sur l’acide acétylsalicylique de synthèse, l’aspirine devient un succès mondial.  

 Lorsque la grippe espagnole se propage sur  le monde à partir de 1918, l’aspirine sera largement employée pour soigner les malades. Cet usage massif de l’aspirine utilisée à forte dose, entre 10 et 30 grammes par jour (soit 20 à 60 comprimés), serait pourtant à l’origine de l’accroissement de la mortalité pour des millions de patients. Des autopsies réalisées alors, ont pu mettre en évidence la présence de surinfections pulmonaires hémorragiques. Des œdèmes pulmonaires que l’on retrouve notamment lors d’intoxication salicylée. L’impact toxicologique de l’Aspirine, utilisée en surdosage, semble donc avoir favorisé l’apparition de surinfections bactériennes du système respiratoire qui furent fatales à des millions de victimes de la maladie.

Article fait par Yannick Marques, assistant de conservation au musée de la Grande Guerre

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